La crise économique a rattrapé l'Alberta. Mardi après-midi, la ministre des Finances de la province, Iris Evans, a déposé un budget déficitaire pour l'exercice financier 2009-2010, une première en 16 ans.
À l'instar de plusieurs autres provinces canadiennes ayant déposé des budgets déficitaires au cours des dernières semaines, l'Alberta n'échappe pas à la tendance en raison du ralentissement économique.
Au total, la province enregistrera un déficit de 4,7 milliards de dollars pour l'exercice financier 2009-2010. Il s'agit du plus gros déficit de l'histoire de la province. Et les prévisions gouvernementales laissent présager des déficits pour les prochaines années. En effet, la province ne prévoit renouer avec les surplus que lors de l'exercice financier de 2012-2013.
Les dépenses du gouvernement s'élèvent à 36,4 milliards de dollars. Les revenus, qui ont chuté de 11 %, se chiffrent quant à eux à 31,7 milliards de dollars. Cette diminution est imputable aux pertes enregistrées dans le secteur de l'énergie. Rappelons que le prix du baril de pétrole est passé de 78 $ en 2008 à 55 $ en 2009.
Ce déficit est néanmoins technique, car la province puisera dans son Fonds de réserve de plus de 7 milliards de dollars afin de combler celui-ci.
Points saillants
* réduction des dépenses de 215 millions $ (à identifier)
* augmentation des taxes sur l'alcool et les cigarettes (1,30 $ pour une caisse de 12 bières, 75 cents pour une bouteille de vin, 2,89 pour les boissons alcoolisées et 3 $ pour une cartouche de cigarettes)
* augmentation des taxes scolaires
* augmentation des prestations mensuelles versées aux personnes handicapées (100 $) et aux personnes âgées (40 $ pour une personne seule et 60 $ pour un couple)
* réduction de 25 % ou de 100 000 $ du financement de projets municipaux
* élimination du crédit annuel de 200 $ pour les traitements chez un chiropraticien
* investissement de 7,2 milliards $ pour des projets d'immobilisation (le double de la moyenne nationale pour les infrastructures)
* augmentation des dépenses de 3,7% ou 1,1 milliard $ pour le financement de programmes
* réduction de moitié ou de 6,4 milliards $ des revenus provenant des ressources énergétiques
Modification de la loi
La situation oblige néanmoins la ministre des Finances à modifier la loi sur la responsabilité fiscale qui interdit de faire des déficits ou des emprunts. Cette loi avait été adoptée dans les années 1990 sous le gouvernement de Ralph Klein.
Rappelons que le budget déficitaire présenté mardi après-midi par la ministre des Finances vient s'ajouter au manque à gagner de 1,4 milliard de dollars anticipé pour le présent exercice financier.
Iris Evans a annoncé que le gouvernement albertain diminuera ses dépenses de 215 millions de dollars. La ministre des Finances n'a cependant pas précisé quel ministère sera touché.
Dans son budget, le gouvernement d'Ed Stelmach prévoit également des investissements de l'ordre de 7,2 milliards de dollars dans les infrastructures, dont les écoles, les hôpitaux et la réfection des routes.
Par ailleurs, le gouvernement augmentera les taxes de vente sur le tabac et l'alcool. La plupart des communautés de la province connaîtront également une augmentation de l'impôt foncier pour l'éducation. De leur côté, les municipalités recevront moins d'argent pour leurs projets et le remboursement de 200 $ auquel les patients avaient droit annuellement pour des soins de chiropractie est éliminé.
Réactions
Les partis d'opposition n'ont pas tardé à critiquer le budget de la ministre des Finances.
Les libéraux et les néo-démocrates reprochent notamment l'absence d'un plan clair de la part des conservateurs afin de protéger les emplois et l'économie. Ils se disent anxieux par rapport aux 2,2 milliards de dollars qui devront être coupés dans les dépenses.
De plus, les deux partis politiques estiment que le gouvernement ne va pas suffisamment dans les détails dans son budget présenté mardi. Cet avis est d'ailleurs partagé par la Fédération des travailleurs de l'Alberta, qui aurait aimé un plan plus détaillé afin de stimuler l'économie et l'emploi.
Le chef libéral, David Swann, a affirmé de son côté que le gouvernement n'en serait pas arrivé là s'il avait bien su gérer ses surplus lorsque c'était le temps. Le son de cloche est d'ailleurs le même du côté de la Fédération canadienne des contribuables. Celle-ci a fait valoir qu'elle avait anticipé la situation dès l'année 2007.